L’émotion est partout. Elle se ressent dans notre corps, s’entend dans nos paroles, se lit dans nos expressions faciales. Elle imprègne notre motivation, nos relations, notre santé, et bien sur notre humeur. Elle habite nos pensées. Elle conditionne nos réactions. On pourrait même dire qu’elle conditionne notre vie, car elle impacte nos perceptions, nos jugements et nos comportements.

Notre état émotionnel peut éclairer notre vie comme l’assombrir, nous aider à prendre de bonnes décisions comme nous entraîner dans la confusion. Nos intuitions ne naissent pas de l’intellect mais d’un cerveau émotionnel clair, débarrassé de pensées logiques (d’ailleurs on trouve souvent la solution à un problème après une bonne nuit de sommeil, non en ressassant encore et encore les mêmes pensées usées). Les travaux du neuroscientifique Antonio Damasio mettent ainsi en évidence le rôle des émotions dans nos prises de décisions quotidiennes ainsi que l’interaction continuelle entre émotion et cognition.

Nous sommes donc des êtres émotionnels.

Notre cerveau, qui priorise l’expérience directe, apprend grâce à l’émotion. Pourtant dans le contexte de travail en particulier, nous privilégions notre capacité de raisonnement et d’analyse y compris dans des situations qui nous demanderaient plutôt de nous fier à nos émotions, à notre intuition.

Qu’est-ce qu’une émotion?

Mais bien que nous les fréquentions intimement, et ce depuis notre premier jour sur terre (voire avant !), nous nous méfions des émotions. Nous ne savons pas exactement d’ailleurs de quoi il s’agit et quoi faire de cette expérience. Lors des formations de développement de l’intelligence émotionnelle les participants ont souvent du mal à donner une définition claire de ce qu’est une émotion et mélangent les termes (sentiments, ressentis, émotions…) Dans ces conditions, si on ne sait ni de quoi il s’agit, ni comment nommer ce phénomène, et encore moins qu’elle est son utilité, comment pourrions-nous accéder à cette intelligence si spéciale ?

Nous sommes généralement des analphabètes dans le domaine émotionnel, mais ce n’est pas vraiment notre faute. On n’a pas appris l’émotion à l’école, comme les maths ou la géographie. Et dans de nombreuses familles, la relation aux émotions est confuse, voire absente.

La logique permet aux gens de penser, les émotions permettent aux gens d’agir.

Dans le mot émotion, on entend é-mouvoir, c’est-à-dire mouvoir, bouger hors de. L’émotion c’est d’abord une expérience interne, une énergie qui nous fait bouger hors d’une zone neutre. Comment survient ce mouvement à l’intérieur de nous-même ? Suite à un stimulus, un déclencheur d’émotion.
Ce déclencheur peut être externe : ce collègue qui parle trop fort à côté de vous déclenche votre frustration, et vous ressentez une sensation de crispation dans votre poitrine et vos épaules. Le déclencheur peut être interne : en repensant au collègue qui parle trop fort alors que vous rentrez chez vous, vous réveillez votre frustration, et vous ressentez à nouveau cette crispation, mais cette fois c’est votre pensée qui a été le déclencheur.

La première facette de l’émotion est donc physiologique, elle est ressentie dans le corps. Notez d’ailleurs que l’impact dans le corps sera différent selon l’émotion : on ne ressent pas la même chose selon qu’on éprouve de la colère, de la joie, de la tristesse ou de la honte. Et son intensité sera variable. Les personnes qui prêtent attention à leur ressenti le savent et sont en capacité de reconnaître l’émotion à ce stade et d’en qualifier l’intensité. C’est d’ailleurs cette attention en amont quand l’émotion surgit qui nous évitera de nous laisser entraîner sans garde-fou dans un emballement dangereux.

La deuxième facette de l’émotion est cognitive : nous allons chercher à interpréter la situation, nous allons faire des commentaires mentaux. Nos pensées pourront alors déclencher d’autres émotions.

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La dernière facette de l’émotion est comportementale : le ressenti et les pensées associées vont déclencher un comportement afin de s’ajuster à la situation.

L’émotion est donc un processus, d’intensité variable, souvent subtil. Car si nos « grandes » émotions sont facilement reconnaissables – colère, tristesse, joie… Notre quotidien émotionnel est souvent habité d’états variables, d’empreintes émotionnelles floues, d’émotions mélangées, voire contradictoires.

A quoi sert l’émotion ?

Les émotions nous font vivre et nous rendent vivants. Nous perdrions l’essentiel de nos capacités et de notre dimension humaine si nous évoluions dans un monde sans émotion, si nous étions nous même dénué d’émotion: d’ailleurs, pourrions-nous survivre sans émotions ?
Si nos émotions étaient colorées, nous serions émerveillés par la vitesse à laquelle se propagent les couleurs, leurs variations, leurs compositions entre elles, les nouvelles couleurs qu’elles créent de leurs associations, l’impermanence de leurs créations.
L’émotion est par nature éphémère. Lorsque des émotions se poursuivent, s’installent en nous durablement, on parlera alors de sentiments, ou d’états (un sentiment d’amour, un état de tristesse….)
Extrait de «Autobienveillance »

L’émotion a une fonction d’information.

Elle nous renseigne sur une situation, nous informe d’une action à entreprendre. Nos émotions sont avant tout les messagères de nos besoins profonds : mon irritation face à ce collègue peu discret me parle de mon besoin de calme, mais aussi de respect (respect de mon espace et aussi de ma personne). Elle me donne l’énergie nécessaire pour entreprendre une action – Quitter les lieux, ou oser parler de mon inconfort…

Lorsqu’elles sont authentiques, mes émotions vont donc me permettre de réagir adéquatement à une situation. La peur va m’informer d’un danger et m’engager à mettre en place une protection. La colère va m’informer d’un préjudice subi et me donner l’énergie nécessaire pour surmonter un obstacle, une difficulté. La tristesse, elle, me met en contact avec une perte, un manque, et m’invite à prendre du temps pour l’acceptation. La joie me parle de besoins comblés et me donne envie de partager, de me réjouir…

Mais il peut arriver que mes émotions ne soient ni authentiques, ni appropriées.

C’est-à-dire que je n’exprime pas l’émotion exacte. Ou bien que mon émotion est disproportionnée par rapport à l’évènement qui la provoque. Ou encore que mon comportement, activé par l’émotion, n’est pas adressé à la bonne cible. Voici quelques exemples :

  • Je me mets en colère alors que ce que je ressens est la peur – informé d’une restructuration dans l’entreprise, je vitupère contre ces changements incessants alors que je ressens de la crainte face à l’avenir.
  • Alors que la colère bout en moi, je ne montre rien, au contraire je m’efforce de sourire et dis que tout va bien.
  • Excédé par un rythme de travail particulièrement éprouvant, je m’emporte le soir contre mes enfants qui n’ont pas rangé leur chambre, alors que je n’ai pas pu (pas su?) exprimer à mon manager ma lassitude et ma frustration par rapport à ma charge de travail.
  • Ma peur exacerbée du regard des autres et mes pensées de doute sur mes propres capacités me paralysent lors d’une prise de parole, alors que je m’y suis préparé.
  • Une critique anodine me fait bondir hors de mes gonds.

Lorsque nos émotions ne sont ni authentiques, ni appropriées, nous vivons alors de la confusion émotionnelle. Nous ne sommes pas au clair avec ce que nous ressentons et vivons : nos émotions nous dépassent et nous malmènent. Ou bien nous avons « gelé » nos émotions, nous confondons « maîtrise » et « contrôle » et croyant « gérer » nos émotions, nous posons une chape de plomb et nous coupons de ressources essentielles. Tous ces « automatismes émotionnels » sont couteux pour notre bien-être, notre confiance en nous-même et notre santé. Nous pouvons réapprendre à fonctionner autrement avec nos émotions, et c’est là qu’intervient l’intelligence émotionnelle.

 

Sylvie Sarda

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